Arlette
Vermeiren

Arlette Vermeiren est née à Bruxelles en 1937.

Diplômée avec la plus grande distinction en sérigraphie à La Cambre en 1963, elle enseigna la sérigraphie durant trente deux ans à l’Académie des Beaux-arts de Tournai et fut styliste en création textile pour les usines Jacquard belges et italiennes.
De 1998 à 2017, elle fut directrice artistique de la recherche textile – art contemporain au TAMAT, Musée de la tapisserie et des arts textiles de la communauté française de Belgique à Tournai.
Nombreuses expositions personnelles et collectives en Europe, U.S.A, Canada…
Présente dans des collections privées et dans plusieurs Musées dont le Musée de la tapisserie à Tournai, le Musée d’art moderne à Luxembourg, le Musée de Haute Provence à Gap ou encore à la fondation Boghossian.

Arlette Vermeiren ou l’ardente légèreté du nouage
Dès son enfance, Arlette nous confie avoir été happée par l’entrecroisement des fils des matières textiles. Les fibres végétales des tapisseries flamandes l’enchantent tout autant que les débris de filets de pêche trouvés sur la plage. Depuis, ravie par le processus du nouage, Arlette rassemble le divers. Une compulsion nodale alimente son attrait pour le filage, le tissage ou encore l’assemblage.
Afin de pouvoir se mettre à l’œuvre, l’artiste est devenue glaneuse, elle ramasse et amasse une collection de papiers d’emballage du tout venant, bonbons, cigarettes, … Découpé en lamelles, ensuite filé, le papier perd son apprêt et sa consistance, il redevient textile, fibre. L’assemblage peut alors advenir grâce au coup de maitre d’Arlette : l’hyper développement de la fonction nodale. Les mains de la fileuse passent au nouage pour réaliser des treillis, filets, rideaux ou encore d’immenses ensembles flottants d’une fascinante apesanteur. Les papiers ou tissus filés entre ses mains sont dégrossis pour gagner en légèreté, noués ils s’assemblent selon un agencement qui donne à voir et à penser une écriture constituée d’enlacements de signes résonnant d’un rythme quasi musical.
La civilisation précolombienne utilisait déjà un système complexe de cordes de différentes couleurs et de nœuds lui permettant de communiquer et de transmettre des informations. Arlette poursuit et développe ce processus vieux comme l’humanité. Elle organise le déploiement de son matériel en alternant les fils selon une pratique interactive qui donne naissance à des formes. Celles-ci ont la particularité de rayonner comme un organisme vivant en perpétuelle croissance. En détournant la destination des emballages ou des restes de rames de papier, Arlette travaille à même la fragilité de la fibre. Elle s’allie à celle-ci pour déployer la puissance magique du lacis. Ses célèbres colonnes flottantes conciliant le haut et le bas, le ciel et la terre nous guident vers l’infini.
L’artiste à l’allure et aux mains de fée accumule dans son appartement ses multiples trouvailles ainsi que plus de 10.000 livres constituant une réserve inépuisable de références, savoirs, matières diverses apparentées à son point de fuite, le textile. Depuis très longtemps et de plus en plus harmonieusement, Arlette parle le langage de la fibre. Elle articule et compose des ensembles frémissant de légèreté et de transparence. Ses compositions aériennes bruissent parce que les nœuds qui les constituent ne sont pas des points de serrage rigide. Bien au contraire, ils participent et communient avec la pratique de l’entrelacement mise en œuvre par l’artiste. Ils n’ont de cesse d’engendrer de nouveaux signes composant un assortiment spatial d’accords-raccords vivants.

Arlette Vermeiren au travail, photo de A.Akopy