RESIDENCE | Saint-Gilles

« Outside and inside at the same time » 15.7. – 17.8.2023

Du 03/07/2023 au 20/08/2023

Mon travail pour le projet ODRADEK est conçu de manière à ce que tout le processus de création de l’œuvre soit public. Basé sur l’idée de John Cage pour la composition « Sonatas and Interludes for Prepared Piano », que le pianiste, lorsqu’il joue du piano, ne devrait pas avoir la sensation de jouer du piano, mon idée n’est pas de dessiner, mais de suivre les suggestions que « l’espace » donne.

Avec le terme espace, je comprends non seulement l’espace architectural ou l’espace autour de l’espace architectural, mais l’espace de possibilité. L’espace architectural se transforme en un médium de dessin qui transcende ses propres limites et me permet, la dessinatrice, d’explorer mes procédés : que l’un surgit de l’autre, que la courbe du temps se plie et que le dessin anticipe ou rappelle. Le travail est maintenu en cours jusqu’à la fin. Dans cette approche immédiate et processuelle, l’accent est davantage mis sur l’expérimentation.

Un réglage possible.

Les murs et le sol sont tapissés de papier. Je laisse de côté le plafond et les fenêtres. Il y a des crochets sur les murs et le plafond. Là, j’attache des cordes auxquelles sont attachées des choses qui laisseront des traces dans la pièce avec mon aide. Déclenché par mes déplacements dans l’espace, un dessin se crée. Je continuerai à développer le travail de manière processuelle / performative. Les visiteurs peuvent suivre le processus. De temps en temps, il y aura un échange entre l’artiste et les visiteurs.

 

Transfert et résonance

Arrivée en résidence début juillet, Katja Pudor, immédiatement, a occupé son territoire en couvrant les murs de feuilles de papier de plus de trois mètres de haut. La première salle d’exposition donnant sur la rue fut ainsi enveloppée des murs jusqu’au sol compris.

De la blancheur du papier et de l’espace devenu réceptacle, l’artiste se met en situation pour déclencher l’action de dessiner-écrire en jouant de ses instruments, des pinceaux-prothèses prolongeant son corps.

Celui-ci fait donc partie intégrante de l’espace aménagé, il y est intégré afin d’y être à l’œuvre en tant que caisse de résonance. Katja Pudor, comme le musicien, joue avec ses instruments,  compose une écriture-signes qui s’étend dans l’espace via une singulière présence à soi. L’artiste, transformée en danseuse se concentre sur ce qu’elle déploie sur le papier et qui lui revient par sa sonorité intérieure. L’écriture s’est alors répandue, dilatée, amplifiée dans l’espace inscrit devenu vibratoire.

Ces signes qui irradient par leur présence et qui transfèrent leur énergie permettent ainsi leur rebondissement de l’autre côté de l’écriture, celui de la musique, de la chorégraphie, de la scène ou encore de multiples possibles. Cette actualisation et matérialisation peut ensuite servir de grille de lecture et être interprétée par des chorégraphes et des musiciens.

Tout se passe donc comme si dans la foulée du corps qui se donne et se réfléchit, l’agencement graphique des murs du dedans s’ouvraient vers le dehors. Katja Pudor a bien pour objectif de vaincre nos séparations les plus tenaces à savoir : écritures-vs-signes, écriture-vs-danse-vs-musique.

Katja Pudor, c’est un corps qui se prolonge, qui se déploie et se reploie de l’intérieur vers l’extérieur au rythme des stations debout et couché.

Simone Schuiten